L’opération déjà décrite, qui consiste à écarter de son jeu, avant la seconde donne, les cartes inutiles pour en demander le même nombre au donneur — l’écart — est de deux types écart normal et écart maquillé.

 

Ecart normal et écart maquillé.

• La carte d’appui.
• Tableaux instructifs.
• De la nécessité de s’en méfier.
• Une couleur, ce n’est pas le Pérou.
• Chercher la quinte ou le brelan?
• Le brelan ou le full?
• Epauler ou ne pas épauler?
• Remarques sur une hiérarchie.
• Les bonnes places à table.


L’écart normal consiste à demander
• Une carte si l’on a deux paires en main, ou un projet de quinte ou de couleur.
• Deux cartes si l’on a un brelan.
• Trois cartes si l’on a une paire.


L’écart maquillé consiste à demander.
• Une carte si l’on a un brelan.
• Deux cartes si l’on a une paire.

La carte isolée que l’on conserve est appelée "carte d’appui". On dit également que le joueur qui pratique l’écart maquillé épaule sa paire ou son brelan (ou "masque" sa paire ou son brelan).
L’écart maquillé a évidemment pour but de faire croire à un certain jeu. alors qu’on ne le possède pas, mais aussi de freiner une éventuelle relance par la suite. (On verra en effet plus loin qu’un joueur ayant une certaine pratique du poker ne relance qu’exceptionnellement un tireur d’une carte.)
Savoir pratiquer l’écart le plus approprié à telle circonstance est une nécessité fondamentale. Elle exige notamment l’étude détaillée du calcul des probabilités appliqué au poker.
(Dans le jargon du poker, un joueur ayant un projet de couleur dit plutôt qu’il a un "tirage à couleur".Un projet de quinte bilatéral est un tirage à quinte par les deux bouts. Un projet de quinte unilatéral ou à carte intermédiaire manquante est un "tirage à quinte par un bout" pour le premier, un "tirage à quinte par le ventre" pour le second.)
Un joueur doit se pénétrer de ces chiffres, mais ne doit pas leur accorder plus de valeur qu’ils n’en ont. Il ne faut pas en tirer des règles de jeu rigides. La chance et la malchance existent, et dans bien des cas, les tableaux sont faussés.

Exemple
Cinq joueurs demandent chacun trois cartes; vous êtes l’un de ces joueurs; vous avez une paire d’as. Les probabilités vous disent: "Vous avez tant de chances d’en avoir un troisième", mais c’est faux. Un joueur ayant une certaine pratique du jeu ne s’engage généralement pas dans un coup avec moins de deux dames ou deux rois; il y a donc de fortes chances pour que les deux autres as soient déjà distribués.
Jouer un coup de poker en fonction des seules probabilités, sans tenir compte également de la hauteur de votre tapis, des autres tapis, de l’enjeu, serait une aberration.
Cela dit, faisons tout de même certaines remarques
• A partir d’un projet de couleur, une couleur s’obtient d’autant plus facilement que l’on joue avec un nombre de cartes plus élevé. A cinquante-deux cartes, elle est, grosso modo, deux fois plus facile à obtenir qu’un full à partir de deux paires. Une couleur à cinquante-deux cartes est un point d’une bonne valeur, sans plus.

• Avec une forte paire (rois ou as), et en même temps un tirage à couleur ou un tirage à quinte par les deux bouts, s’il y a eu relance et si le coup se joue entre plusieurs joueurs, mieux vaut chercher le jeu le plus fort en "cassant" la paire et en demandant une seule carte. Si en revanche il n’y a qu’un joueur engagé, il faut garder la paire et chercher le brelan, à moins que ce joueur ne se soit déclaré servi.

• Avec une paire inférieure aux rois, et en même temps un tirage à quinte par les deux bouts, il faut chercher la quinte. (Ou la couleur si le projet est un projet de couleur.)

• Avec une paire, même forte, et en même temps un tirage à quinte par le ventre ou par un bout, contre un adversaire qui s’est déclaré servi, il faut chercher la quinte.

• Avec deux fortes paires (aux rois ou aux as), s’il y a de bonnes raisons de penser qu’il existe un brelan quelque part, il faut écarter la paire la moins forte et tenter le brelan avec l’autre.

• Avec deux paires aux as par les rois, il faut pratiquement toujours chercher le full.

• Avec deux paires, quelles qu’elles soient, il faut sans hésiter chercher le full si un joueur s’est déclaré servi.

• Avec deux paires moyennes ou faibles (valets, dix, etc.)
— si l’on est obligé de jouer le coup — chercher le full.

• Avec une paire moyenne ou forte (valets, dames, rois), et si on dispose d’un as, mieux vaut le garder comme carte d’appui en face de joueurs ayant tiré une carte, si l’on suppose qu’ils ont deux paires servies ou un projet de quinte ou de couleur. • Avec une paire faible, si l’on est obligé de jouer le coup, il vaut mieux garder une carte forte (roi ou as), si on en possède une, comme carte d’appui.

• Avec une forte paire, s’il y a eu relance pouvant laisser supposer un brelan, et si l’on a décidé de jouer le coup, ne pas garder de carte d’appui.

• Avec un brelan servi, si l’on a subi ou effectué une relance, garder une carte d’appui si on veut freiner une éventuelle relance. Dans bien des cas, on tirera un meilleur parti de son brelan.

A propos de la hiérarchie des différentes combinaisons possibles au poker, on peut remarquer.
Sauf cas exceptionnels (un pot qu’il faut rejouer, par exemple) un joueur n’est pratiquement jamais engagé dans un coup avant la donne des cinq premières cartes. "Si ces Cinq cartes ne me conviennent pas, je peux toujours me retirer..." Les probabilités réellement intéressantes concernent donc l’amélioration après écart. A ce propos, remarquons que quel que soit le nombre de cartes utilisées, une quinte est plus facile à obtenir qu’un brelan, Le brelan devrait donc toujours battre la quinte.

Mais si l’on admettait cela, un tirage à quinte constituerait un jeu de départ avec lequel on n’aurait pratiquement jamais intérêt à entrer dans un coup, — un tirage à quinte ne permettant d’obtenir qu’une quinte, jeu facilement battu par le plus modeste brelan.
(Alors qu’une paire permet tous les espoirs.) Pour la diversité et l’intérêt du jeu, mieux vaut donc placer la quinte au-dessus du brelan.

On remarquera par ailleurs que s’il est plus facile de faire une couleur qu’un full à 52, 44, 40 et 36 cartes, les chances sont égales à 32 cartes. Il est donc naturel, pour ne pas compliquer les règles, de placer le full au-dessus de la couleur quel que soit le nombre de cartes utilisées’.
Un joueur est plus ou moins bien placé à table suivant l’endroit où est placé le donneur et suivant qu’il est lui-même blind, surblind, overblind, ou "acheteur" du pot.
Les trois figures suivantes indiquent les meilleures places, les places moyennes, les mauvaises places. (Etre "acheteur" du pot équivaut évidemment à être blind s’il n’y a pas de surblind, à être surblind s’il n’y a pas d’overblind, ou à être overblind s’il y a overblind.)